LSDJ : une soirée à faire de la musique sur Game Boy

Tout a commencé un lundi soir devant Les Sondiers, l’émission live hebdomadaire consacrée à l’audio numérique, aux DAW et aux techniques du son. Sur le plateau ce jour-là : Cyril de Makingsound, qui a parlé de Tachy Bunker, un musicien expérimental découvert à la Shadow Party, la demoparty francilienne où codeurs, graphistes et musiciens de la demoscène se retrouvent chaque été.

Forcément, je suis allé fouiller dans les autres vidéos de la chaîne Makingsound. Et je suis tombé sur celle-ci :

Pouale et la Game Boy

Pouale est un musicien français qui compose de la chiptune… sur Game Boy. Pas « avec des sons façon Game Boy » : sur la console elle-même, avec LSDJ. On retrouve sa musique sur Bandcamp (l’album Bunny Hop, l’EP Last Trip) et, cerise sur le gâteau, il partage même les fichiers de projet LSDJ de ses morceaux sur son site. De quoi décortiquer comment c’est fait.

Dans l’interview, il montre comment il démarre un morceau, pas à pas. Et ça donne sacrément envie d’essayer.

LSDJ, c’est quoi ?

Little Sound Dj (LSDJ) est un séquenceur/tracker pour Game Boy, développé par Johan Kotlinski au début des années 2000. Il exploite les 4 canaux de la puce son de la console : deux voix pulse (carrée), une voix wave (forme d’onde programmable) et une voix de bruit. S’ajoutent la lecture d’échantillons, la synthèse de formes d’onde, et même de la synthèse vocale. Il est utilisé aussi bien par des amateurs que par des compositeurs de jeux vidéo reconnus.

La ROM et le manuel sont téléchargeables sur le site officiel, avec la possibilité de soutenir le développement par un don. Le site recommande d’ailleurs lui-même l’émulateur comme moyen le plus simple de s’y mettre.

De la vidéo à la console

Vidéo terminée, j’ai attrapé ma RG36 Pro, récupéré la ROM de LSDJ, copiée sur la carte SD, lancé l’émulateur Game Boy Color… puis LSDJ. Cinq minutes plus tard, j’étais devant l’écran de démarrage.

Je connais les trackers sur Atari, mais sur le petit écran de la Game Boy, c’est nettement plus sobre : des colonnes d’hexadécimal, quelques lettres, et c’est tout. Pas de souris, pas de clavier : tout passe par la croix directionnelle et quatre boutons.

Un peu de lecture de la doc pour comprendre la navigation :

  • Select + flèches : passer d’un écran à l’autre (Song, Chain, Phrase, Instrument, Table…) ;
  • A : poser une valeur, A + flèches : la modifier ;
  • B + A : effacer ;
  • Start : lancer / arrêter la lecture.

L’organisation est hiérarchique : les phrases (16 pas de notes) s’enchaînent dans des chains, et les chains sont placées dans le song, sur chacun des 4 canaux. Une fois ce principe compris, tout devient logique.

J’ai revu la vidéo pour suivre la façon dont Pouale commence son morceau, en reproduisant les étapes sur ma console. Et j’ai joué une petite heure avec LSDJ à bidouiller des sons : une ligne de basse sur le canal wave, un kick et un hi-hat avec le bruit, quelques arpèges sur les pulses…

Verdict

C’est vraiment très cool. Il y a quelque chose de jubilatoire à faire sonner une machine de 1989 avec une interface aussi minimaliste, tenue dans la main, n’importe où. La contrainte (4 voix, 4 bits, un écran de 160×144) oblige à aller à l’essentiel, et c’est justement ce qui rend l’exercice addictif.

Merci à Les Sondiers, à Cyril de Makingsound et à Pouale pour la découverte. Je pense que je n’ai pas fini de bidouiller.

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